Participation au Comité de Quartier Centre Ville de Metz
1ère carte imprimée de Lorraine (1513), exposée au centre Pompidou, Metz ; on y voit Metis et Nanccii :
Maryvonne nous rapporte l'origine de Mettis : "au IVe siècle, le nom de Divodurum Mediomatricorum n’est plus d’usage, on rencontre la forme dérivée et simplifiée de Mediomatrix, laquelle finira par aboutir au nom de Mettis, rencontré pour la 1ère fois vers 400 et duquel est issu le nom de Metz."
"D'où viennent réellement les noms de Met lis, Me lis, Me tas et Metensis, qui semblent au premier coup d'œil représenter des formes purement latines et qu'on serait tenté de faire dériver de Melo (je moissonne), ou de Melœ qui, dans la basse latinité, a l'acception d'acervi segetum, comme nous l'apprend Du Gange, et que nous nommons aujourd'hui des moyettes (meules de foin) ? On trouverait de même le nom de Messins dans Messie (moisson), à raison de la situation de Metz au milieu d'une plaine riche en céréales.
Les Romains ont généralement respecté, du moins dans leurs radicaux, les anciens noms celtiques de localités, en leur donnant toutefois une désinence latine. J'ajouterai qu'en désignant les villes principales, ils ont fait suivre ce nom de celui de la confédération dont elle était le chef-lieu, par exemple : Divodurum civilas Mediomalricorum. Mais plus tard, Julien pendant son gouvernement des Gaules obligea les villes chefs-lieux à quitter leur ancien nom pour prendre celui de la confédération. Celui-ci a prévalu et c'est de lui que dérivent les noms français actuels. Ainsi : Lulecia Parisiorum est devenu Paris ; Audomalunum civilas Lingonum, Langres ; Auguslobona civilas Tricassium, Troyes ; Durocorlorum civilas Remorum, Reims, etc. Il n'y a pas eu d'exception pour Divodurum ; il a été, à la même époque, remplacé par celui de la confédération.
Charron suppose que de Mediomatrix on a fait Medmatrix , Medlrix et enfin Mettis. Don Cajot et les Bénédictins auteurs de L'Histoire de Metz partagent cette manière de voir. Ces déductions nous semblent un peu arbitraires ; mais il n'en faudrait pas conclure toutefois que la dérivation n'a pas pu se produire d'une autre manière. M. Quicherat pense aussi que Mettis est une forme très-abrégée de Mediomalricis.
J. G. Zeuss, dont les travaux sur les idiomes celtiques font autorité, vient à notre secours pour dégager du problème posé sur l'origine du nom de Metz la seconde partie du mot Medio-malrici et simplifier ainsi la question. Il fait observer que le mot celtique Metredid signifie celui qui lance une arme de jet. De ce mot dérivent meteri et matari, dont il est question dans les auteurs latins comme d'une arme de jet particulière aux Gaulois. Matrices doit donc se traduire par ceux qui lancent des javelots nommés mataras. Or ce mot n'a laissé aucune trace dans Met lis. Cette suppression de la seconde partie du mot Medio-matrici constitue un fait qu'on rencontre fréquemment dans les noms de lieux ; c'est ce qu'on appelle apocope en linguistique.
Il ne reste donc plus dans la question qu'il s'agit de résoudre que les mots Medio et Met lis. Suivant M. Houzé, le nom de lieu français Metz et son ancienne représentation, soit par Medio, soit par Met lis, répondent exactement aux mots gaulois Maes = Magen = Magus et aux mots latins Mansus et Mansio. Nous devons donc étudier ce mot maes et ses formes magen et magus, qui ont joué un rôle très important dans les noms de localités anciennes de la France. Ici nous ne pouvons mieux faire que de prendre pour guide les savantes recherchés de M . Houzé. Le mot magus par lequel nous commençons est la même chose que magen, à cela près que la désinence est devenue latine. Ils viennent tous deux de maes, dont ils se distinguent par l'intercalation d'un g, lettre caprieuse et banale, qui sert de lien euphonique entre deux voyelles quand elles se prononcent séparément, mais qui disparait quand elles prennent le son unique de la diphtongue. Ce fait linguistique est très fréquent dans tous les idiomes celtiques.
Le mot maes se traduit littéralement par campus. Dans l'idiome celtique armoricain, il est représenté aujourd'hui par méaz, maéz, méz, qui font au pluriel mésou ou mésiou et signifient campagne, plaine, grand champ. On y trouve aussi mésiard (campagnard), médi (moissonneur) et méder (coupeur de blé). Ces mots celtiques modernes ne permettraient-ils pas de supposer avec quelque vraisemblance que le mot medio peut bien avoir été le pluriel de maes dans l'idiome celtique des Médiomatriciens ? Ce qu'il y a de certain , c'est que le mot Melœ est la forme latine de Medio. Quoi qu'il en soit, Maes a donné naissance au nom moderne mas, appliqué d'abord à des manses ou métairies qui depuis sont devenues des hameaux, des villages et même des villes. Examinons ces différentes dénominations. Le nom de la ville de Metz dérive donc évidemment de l'ancien mol celtique Maes et n'a rien emprunté aux idiomes germaniques , pas même la lettre finale z. Je ferai encore observer que les lettres a et e de Maes étant réunies comme diphtongue, ce mot se prononce Mes.
Nous pouvons aussi conclure des faits que nous venons d'exposer que les Médiomatriciens cultivaient de nombreuses métairies et maniaient habilement l'arme gauloise connue sous le nom de Mataras ; qu'ils constituaient par conséquent une population à la fois agricole et militaire. Nous ajouterons que, sous ce double rapport, leurs descendants d'aujourd'hui n'ont pas dégénéré des vertus guerrières et des habitudes laborieuses de leurs ancêtres."